Back to home
dans SANTE & SPORT

100km de Steenwerck

  • 10 juin 2019
  • By Marwa
  • 0 Commentaires
100km de Steenwerck

Courir 100 km, il paraît qu’il faut être fou pour le faire.

Après un premier abandon en 2018 à dix jours de l’épreuve pour cause de blessure, je décide de remettre ça en 2019. Lors du marathon de la Rochelle en novembre dernier, je convaincs mes acolytes Mehdi et Cedric de le faire avec moi. C’est donc à trois que nous prendrons le départ de ce 100km. On se cale rapidement sur l’allure de 7min45 au km. On est bien, on discute et on ne réalise toujours pas ce qu’on s’apprête à faire. Laure, mon accompagnatrice nous rejoint au 6ème kilomètre. Ce début de course est plus que parfait, j’ai la grande patate, je suis en pleine forme et tout se déroule comme prévu.

Malheureusement, dès le 25ème kilomètre, une gêne derrière le genou vient me perturber. Ce n’est d’abord pas grand-chose puis au fil des kilomètres la douleur s’intensifie. Le baume du tigre soulage temporairement avant que la douleur ne revienne de plus belle. Mes compagnons d’aventure ne sont pas mieux : Cedric commence à avoir une douleur au niveau du genou et Mehdi souffre des pieds. 
Ça devient aussi difficile pour Laure qui a froid. Il faut dire que nous n’avançons pas vite et donc c’est fatiguant pour elle. Elle commence à tanguer sur son vélo et on décide donc de la laisser se reposer à la salle où nous passons tous les 15km’s. 
Nous maintenons l’allure malgré tout et au 38ème kilomètre, alors que la nuit noire nous avait déjà bien enveloppés, nous rencontrons un jeune coureur en difficulté. En pleine doute sur sa capacité à continuer, il décide de se greffer à nous. Nous apprenons que c’est sa première course longue au-delà d’un semi, le fou ! Alors symboliquement, quand on passe les 42,195 km on célèbre son premier marathon. Et pour nous c’est aussi le moment de basculer dans l’ultramarathon, dans l’inconnu.

C’est donc à quatre que nous avançons désormais, tous diminués par des douleurs musculaires ou des ampoules. 
Au 55ème kilomètre, la douleur devient insupportable pour moi et je demande à mes camarades de marcher un peu. Personne ne conteste, ils sont tous soulagés de marcher. Nous faisons de la marche rapide et la douleur disparaît, mais dès qu’on essaye de courir elle revient, que ce soit pour moi ou pour Cédric. Je suis au summum de ma frustration car je suis en pleine forme, j’ai la patate pour courir mais ma jambe ne veut pas. Je bouillonne intérieurement.
Au prochain passage à la salle on décide d’aller voir les kinés pour demander s’il est possible d’avoir des straps ou autre chose pour soulager nos douleurs. On perd 40 minutes au total et les massages et straps ne font aucun effet, car aussitôt la course reprise, les douleurs reviennent. On se rend à l’évidence, nous ne pourrons finir la course en courant, il va falloir marcher, beaucoup. J’avais envisagé ce scénario, mais j’espérais l’éviter.
On essaye de garder une bonne allure mais je vois le temps défiler. J’envoie un message à mon mari pour le prévenir que ce n’est plus la peine de venir le matin, et à mesure que les heures passent, que notre état empire, que les pauses se font plus fréquentes, que l’allure diminue, je lui renvoie des messages pour repousser l’heure de RDV.

La nuit décline et laisse place au jour. Je suis contente de retrouver un peu de lumière car j’en avais marre d’être dans le noir total. Nous discutons, beaucoup, et c’est chouette. Je n’imagine pas ce que ça aurait été seule, sûrement très solitaire car nous croisons vraiment très peu de gens. 
Arrivés au km70, les douleurs de chacun sont très intenses, nous sommes fatigués et nous n’avons qu’une envie : que ça se termine. Ces derniers 30km ont été un véritable calvaire. Chaque pas est un supplice. On avance, et chacun s’accroche aux autres pour ne pas lâcher. 
Je passe dans un état second. Je n’arrête pas de rigoler, j’ai l’impression que j’ai avalé un gaz hallucinogène. Je me rends compte que ça fait plus de 24h que je suis debout et que donc la fatigue commence à s’ajouter à la douleur musculaire. On se force à manger, mais même la nourriture nous dégoûte, on n’a plus envie ni de manger ni de boire.
16km avant la fin Jad, le jeune qui s’était joint à nous, se sent plus en forme que nous et décide de partir devant. On le laisse partir car de notre côté on n’avait plus d’énergie ni de muscles pour avancer plus vite. 
Les arrêts font du bien mais repartir est très difficile, surtout musculairement. Au 86ème kilomètre ma douleur est à son apogée et je ne sais même plus comment faire pour marcher. Et pour la première fois de la course je ne sais même pas si je vais pouvoir finir. Pas parce que j’en avais pas l’envie ou le mental mais parce que mon corps ne supportait plus la douleur et que mettre un pied devant l’autre était impossible.
Des larmes de rage me montent aux yeux. Je ne peux pas lâcher si près de la fin. Et comme nourrie par cette rage, la douleur disparaît momentanément et je trace, plus vite que je ne l’ai fait sur les 20 derniers kilomètres, si bien qu’à un moment je dois m’arrêter pour attendre les garçons.
Je recevais beaucoup de messages de soutien, que je lisais pour garder le moral, mais quand mes amis me disaient allez accroche toi tu as fait le plus dur, ils ne se rendaient pas compte que le plus dur était ce moment précis. Ces horribles derniers kilomètres. 

Nous avons besoin d’une pause tous les 2 kilomètres car la douleur est insupportable, et la fatigue nous rend léthargiques. Bon sang que c’est dur. Au 95ème kilomètre Mehdi part devant car Cedric et moi n’arrivons vraiment plus à accélérer. Je crois que nous faisions à peine 3 km par heure, deux zombies ambulants.
Le soleil décide de se joindre à la fête mais nous n’arrivons même pas à apprécier sa présence. Je m’accroche beaucoup à Cedric qui deviendra mon pilier sur cette fin de course, et vice versa pour lui. Je pense beaucoup à mon mari pour me donner du courage.
Au 97ème la femme de Cedric et ses enfants nous retrouvent. Ils marchent avec nous, ça nous fait du bien. Au 99ème c’est au tour de mon mari et nos amis de nous retrouver.

Photo symbolique au 99ème km. On se regarde avec Cedric et on se dit, ça y est, on va le finir. A 300 mètres de l’arrive nos familles partent immortaliser ce moment. On se donne la main et on franchit péniblement les derniers mètres qui nous séparent encore de l’arrivée. Courir n’est même pas envisageable.

20 heures 21 minutes et 31 secondes.
Une première expérience très difficile et très douloureuse. Sur le coup je disais plus jamais, quelques jours ont passé depuis et maintenant je nuance, revanche à prendre…

On a repoussé nos limites physiques et mentales au-delà du supportable. Et on a pu le faire car on était plusieurs. Aurions-nous continué si nous étions seuls ?  Une formidable aventure humaine partagée à 4 et qui restera longtemps gravée dans nos mémoires.

Par Marwa, 10 juin 2019
Marathon de la Rochelle
Mon premier triathlon
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Rejoignez moi sur Instagram

@l_effet_marwouah